Hoerdt: le berceau d'une activité brassicole ?
HOERDT INFOS, Bulletin numéro 12 (décembre 1997), par Roland STOLL
Le déclic se produit au printemps 1997 à l'instant même où Mr CHEVILLOT, principal du collège de Hoerdt, nous remet entre les mains une photographie des années 1920. Celle-ci représente un panneau publicitaire d'une rue à Pontarlier (25) montrant une maison anodine mais intéressante car le panneau qui y est accroché mentionne "Bière ARLEN Montbéliard Grand Prix Liège 1905".
ARLEN, un nom de famille bien Hoerdtois associé à la bière, quel est ce mystère ?
C'est aux archives de Strasbourg et de Montbéliard que le voile se lève progressivement.
Début du 19ème siècle à Strasbourg, de nombreuses petites brasseries étaient présentes dans différents quartiers. Certaines d'entre elles donneront naissance aux brasseries que nous connaissons aujourd'hui comme par exemple la brasserie "Au Canon" Place du Corbeau, qui est le berceau de Kronenbourg.
LA BRASSERIE ARLEN DE STRASBOURG
En 1833 dans la Grande Rue de la Grange (aujourd'hui rue du 22 Novembre), la brasserie ARLEN portait l'enseigne "A l'Eléphant". Le brasseur Charles ARLEN (1807-1838) appartenait à une famille hoerdtoise qui s'était établie à Strasbourg en 1802. Son père Martin (né en 1772 à Hoerdt) était garçon boulanger à son mariage en 1804; ensuite il prend la suite de son beau-père André OFFENBURGER dans la boulangerie installée au 28 Coin Brûlé à Strasbourg.
Des 4 fils de Martin ARLEN, Théodore (né en 1819) est boulanger, Charles (1807-1838), Martin (1817-1838) et Louis (né en 1822) sont cités comme brasseurs à Strasbourg.
Louis ARLEN né le 26/07/1822 à Strasbourg, épouse le 23/12/1848 à Strasbourg Julie Emilie WOLFF née le 22/09/1828 à Strasbourg (fille d'un marchand de ruban). Louis prend la suite de ses frères dans la brasserie "A l'Eléphant" située dans la Grande Rue de la Grange.
L'ACTIVITE BRASSICOLE APRES LA DEFAITE DE 1870
La défaite de 1870 a provoqué un important mouvement de population alsacienne vers la France en raison des possibilités d'option pour la nationalité française. La crise économique que connut l'Alsace de 1873 à 1880 bouleversera le métier de brasseur. De nombreuses brasseries sont fermées en raison de la perte du marché français et d'une rude concurrence des bières allemandes. Nous assistons alors à un troisième exode massif de brasseurs alsaciens vers la France, surtout après 1880.
En France où le phylloxéra ravage la vigne avec pour conséquences un effondrement de la production et de la qualité du vin, la bière est appelée à remplacer celui-ci. Le savoir-faire des brasseurs alsaciens est alors particulièrement apprécié.
Le contact avec les brasseurs allemands a familiarisé ces alsaciens avec de nouvelles techniques brassicoles avec l'utilisation du froid et de la fermentation basse et le choix de la bière blonde.
LA BRASSERIE ARLEN A MONTBELIARD
Le pays de Montbéliard bénéficie à cette époque de l'arrivée de nombreux alsaciens. Cet apport massif de population dynamise la région par la création d'une industrie nouvelle (par exemple le textile).
Parmi ces nouveaux arrivants à Montbéliard se trouvent Louis ARLEN et son fils Martin Louis également appelé Louis.
Après s'être formé aux techniques brassicoles allemandes, Louis ARLEN prend la direction de la brasserie de Montbéliard en 1880 avant d'en devenir le propriétaire l'année suivante.
Il met en oeuvre toute son expérience acquise dans la brasserie familiale "A l'Eléphant" pour développer une bière de qualité où l'essentiel repose sur le choix des malts et des houblons; la saveur de la bière ARLEN rappelle celle des bières strasbourgeoises.
En souvenir de son passé strasbourgeois, l'emblème de la bière ARLEN à Montbéliard sera cet éléphant qui dans sa trompe porte un bock de bière.
Louis sait aussi industrialiser sa brasserie en construisant de vastes caves aux murs isolés de liège où règne une température constante et basse. La glace naturelle est prélevée en saison dans le canal tout proche ou produite au moyen de machines frigorifiques.
Le succès de la bière ARLEN de Montbéliard se traduit par des récompenses obtenues aux expositions de 1885, 1887, 1891, 1893 pour être enfin classée hors concours en 1894. De nombreux autres honneurs sont obtenus en 1905, 1910, 1911, 1913, 1914 et 1919 aux foires internationales.
La bière ARLEN est livrée dans toute la région en tonneaux par des voitures tirées par des percherons. Le transport à Paris se fait par des wagons glacières afin de maintenir la même température que dans les caves de la brasserie. Vers les années 1890, la mise en oeuvre de la méthode Pasteur (pasteurisation) permet l'expédition de bouteilles de bière dans des pays lointains et notamment des les colonies.
Après avoir connu son apogée au changement de siècle et jusqu'à la fin de la Grande Guerre, la brasserie ARLEN est victime de la crise de 1929. Elle est rachetée par la brasserie de Sochaux; cette brasserie intègre tout comme la brasserie de Lutterbach (68) le groupe des "Brasseurs de l'Est".
L'aventure de la bière ARLEN commencée en 1809 se termine dans les années 1930 par la démolition des bâtiments et la disparition de Louis ARLEN fils; en 1939 il revient à Strasbourg pour y mourir, à l'âge de 85 ans.
Source: HOERDT INFOS, Bulletin numéro 12 (décembre 1997), par Roland STOLL.
Un grand merci à Roland STOLL de Hoerdt pour ses recherches formidables et pour toutes les informations qu'arlen.org lui doit.

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